La photo de nuit : quelques conseils

Les photos de nuit sont souvent impressionnantes. Peu nombreux sont les photographes qui se lancent dans la photo de nuit car cette discipline semble plus complexe et plus technique que les photos de jour. Les principales sources de crainte sont liées à la lumière et la maîtrise de la lumière, les temps de pose, les risques de flous et en numérique la gestion du bruit numérique. Et pourtant, ces principaux écueils possibles sont maîtrisables et ne demandent guère plus que la photo de jour. Certes on doit être un peu mieux équipé puisque certains éléments sont liés au matériel (gestion du bruit, stabilisation, flash). Mais aussi et surtout, il faut avoir la volonté, le temps et l’assurance de se transformer en chasseur de nuit, ce qui n’est pas toujours évident à concilier avec une activité professionnelle prenante la journée. Ce petit dossier est destiné à vous permettre de mieux appréhender tous les aspects de la photo de nuit et les solutions à déployer pour réussir dans cet exercice.

Préambule

Réalisez toutes vos photos de nuit en mode RAW car quoiqu’il arrive vous aurez besoin de retoucher un peu vos images en post-production.


La lumière

Deux cas peuvent se présenter : l’utilisation de la lumière naturelle et ambiante ou la création d’éclairages artificiels (flashes, projecteurs, lampes…)

Utilisation de la lumière naturelle ou d’ambiance
Il faut être capable de mesurer le temps de pose nécessaire et prendre comme principe de base qu’il faut toujours surexposer sa photo pour mettre du détail dans les zones sombres en traitement post-production et diminuer le bruit.

Dans un grand nombre de cas, votre boitier vous donnera une bonne combinaison ouverture/vitesse pour une sensibilité donnée. Il est très conseillé de ne pas monter dans les ISO à une valeur qui génèrera trop de bruit numérique. D’une façon générale, plus le boitier est récent et plus le capteur est grand plus la gestion du bruit sera bonne. Il faut donc éviter les compacts et bridges de surcroît un peu âgés pour se lancer dans la photo de nuit. Si à pleine ouverture et à vitesse minimale (généralement 30 secondes) pour un nombre d’ISO élevés, l’afficheur clignote, affiche un voyant rouge (ou autre signifiant qu’il y a sous-exposition), il faudra passer en pose B (mode BulB) pour faire une longue exposition. Dans ce cas, l’utilisation d’un posemètre sera indispensable pour avoir un temps de pose fiable et éviter de tâtonner trop.

Pour débuter et à la seule fin de réaliser des photos de nuit et d’obtenir des temps de pose longue, il ne me semble pas utile de faire l’acquisition d’un posemètre pro, ni même un bon posemètre. Une application iphone ou android bien conçue est suffisante. Itunes, Google Play ou Windows regorgent d’application gratuites ou payantes que vous pourrez tester pour voir celle qui vous convient le mieux. Vous pouvez aussi tester la qualité des mesures de votre appli en la comparant aux résultats donnés par votre appareil photo. Noter aussi que la pertinence des résultats est aussi liée à la qualité du mobile ! Pocket Light Meter (iphone) ou Light Meter Tools (Android) peuvent faire l’affaire. Une promenade nocturne avec votre posemètre vous donnera souvent des temps de pose approchant ou même dépassant les 30 secondes. Il est clair que la nuit, pour faire une photo nette avec de tels temps de pose, le stabilisateur optique ne suffit plus. Il faut un bon trepied pour bien stabiliser l’appareil photo, et une télécommande sera nécessaire pour les probables incursions en mode BulB. Ces accessoires et leur utilisation seront vus plus tard.

Utilisation de sources de lumière supplémentaires
Ces utilisations pourraient s’apparenter à un travail de studio, mais à une échelle différente. Ils devraient faire l’objet d’un guide à eux seuls, nous nous limitons donc à citer quelques exemples.

La photo au flash :
Il est possible d’utiliser un ou plusieurs flashs pour des photos de zones de faible surface à couvrir : petit avion ou petit hélicoptère pris de très près, photo de détail de cockpit ou autre...figer des personnages sur une scène aéronautique dans le cadre d’une pose longue (le déclenchement du flash au second rideau est plus naturel car si les déplacements se voient le personnage est figé après le déplacement)…

L’utilisation de projecteurs comme des phares de voiture ou le déplacement de gros projecteurs halogènes peuvent courir des surfaces un peu plus étendues.
L’utilisation de lampes torches ou projecteurs portables permettent de dessiner de lumière des parties d’une scène (pinceau de lumière). Des lampes led fixées sur des parties mobiles peuvent créer de très beaux effets (leds en bout de pales par exemple)...

Gestion de flous et de netteté

Le principe de base est de conserver un appareil de prise de vue parfaitement fixe et d’accepter des flous d’objets ou sujets qui se déplacent. Il est donc nécessaire de limiter au maximum tout mouvement du boîtier. En photo de nuit, il est quasiment impossible de faire des filés sauf à faire sa prise de vue en haute sensibilité. Mais le bruit sera très difficile à gérer…

Eviter les vibrations du boîtier en relevant le miroir :
Quasiment tous les Reflex numériques (les argentiques aussi…) proposent une option relevage du miroir. Le miroir permet de diriger l’image vue au travers de l’objectif jusqu’au prisme. Il se relève pour laisser passer la lumière sur la pellicule ou le capteur pour la prise de vue (quand l’obturateur s’ouvre). Le mouvement de relevage du miroir provoque des micro-vibrations plus ou moins sensibles selon l’appareil photo. Si on relève le miroir sitôt la visée et les réglages terminés et qu’on attend un peu avant l’ouverture de l’obturateur, on supprime ces vibrations à la prise de vue. Le relevage du miroir doit donc être couplé avec un mode retardateur our être complètement efficace. Voir la notice d’emploi de votre Reflex pour le réglage de ces paramètres. Sur les Canon, le relevage du miroir se programme dans les fonctions personnalisées (C.Fn).

Eviter les vibrations ou les bougés en déclenchant à l’aide du retardateur ou d’une télécommande. L’action du doigt sur l’appareil peut provoquer un bougé léger. Le retardateur permettra à l’appareil de se stabiliser de nouveau avant l’ouverture de l’obturateur et aucun bougé ne se produira pendant la pose. De même la télécommande évite les manipulations du boîtier pour déclencher. Aujourd’hui plusieurs types de télécommandes existent : les télécommandes du fabricant de l'appareil photo, des télécommandes compatibles de fabricants d’accessoires ou des applications pour téléphones mobiles. Pour ma part, j’ai opté pour une application peu onéreuse et complète sur Android nommée DSLR Controller (je n’ai aucune action chez eux !) qu’on doit compléter par l’achat d’un câble USB pour connecter boîtier et téléphone. Pour ceux qui ne veulent pas risquer de souci de garantie ou d’incompatibilité, il est conseillé de s'équiper d’une télécommande du fabricant de l’appareil photo.

Dernier point pour éviter les flous de bougé : le pied.
L’achat d’un bon trépied est un investissement de long terme (compatible quel que soit son appareil, durée de vie importante). Il doit s’accompagner d’un achat d’une bonne rotule. Une rotule panoramique avec niveau est à mon sens un investissement de bon sens qui sera utile pour faire des photos bien de niveau et qui permettra aussi à l’occasion de faire des filés en gardant son appareil sur trépied. Bien sûr, à vous aussi les panoramiques facilités par une telle rotule. Pas de conseil particulier pour la marque et Internet regorge de pages conseils pour l’achat de matériel photo.

La gestion du bruit numérique

Avec tous les conseils déjà énumérés, vous devriez être en mesure de faire vos premières photos de nuit. Bien évidemment comme déjà dit, le bruit numérique doit être réduit au maximum pour avoir des photos exploitables. Si toutefois, il y a trop de bruit sur votre image, il doit y avoir des solutions d’amélioration. Les origines du bruit sont de 3 ordres : 
  • taille et densité  des photosites sur le capteur numérique. Le choix de son appareil photo pour la photo de nuit est important.
  • sensibilité choisie : travailler à une valeur ISO la plus basse possible
  • accumulation de retouche photo : il faut faire les moins de retouche possible, donc faire une prise de vue la meilleure possible.


La gestion du bruit par l’appareil photo :
Là encore, nous vous renvoyons au guide d’utilisation de votre boîtier pour le paramétrage de la gestion du bruit. Sur mes boitiers, la gestion du bruit se règle dans les fonctions personnalisées et propose un mode désactivé, un mode standard, un mode réduction du bruit faible, normale ou élevée. On peut aussi activer la réduction du bruit lors des poses longues. Ne montant pas beaucoup en sensibilité (et essayant même de me limiter à 100 ISO), je n’ai activé la réduction de bruit normale que pour les poses longues. Je n’ai pas activé les extensions de sensibilité, inutiles pour mes besoins.



La gestion du bruit en post-traitement :
Attention : la réduction du bruit sous forme logicielle réduit la netteté de l’image.
Il existe deux sortes de bruit numérique :
Le bruit de chrominance : ce sont des tâches de couleurs présentes aléatoirement sur l’image. Ce bruit est le plus facile à éliminer ou à réduire avec les logiciels de réduction de bruit.
Le bruit de luminance : ce sont des irrégularités lumineuses qui donnent cet aspect granuleux à l’image. Ils sont plus difficiles à gommer.
Le bruit étant en réalité visuellement un rapport signal / bruit, les irrégularités les plus importantes sont visibles sur les zones où le signal est le plus faible (les zones ayant reçu un signal -lumière- faible) donc les zones sombres. C’est sur ces zones qu’il faut se focaliser lors du traitement de la photographie.



L’examen de votre photographie à 100% vous donne un aperçu du bruit dans votre photo. Vous pouvez estimer à l’oeil nu l’importance du bruit de luminance ou celui de chrominance. Cet examen préalable va permettre de savoir quels curseurs actionner pour réduire le bruit. Il est conseillé de procéder en 2 étapes et de supprimer d’abord le bruit de chrominance. La réduction du bruit peut se réaliser d’abord sur le logiciel de traitement RAW fourni avec votre appareil photo. Si le traitement sur le RAW ne suffit pas, on peut alors faire intervenir un logiciel spécialisé : Gratuits, limités, payants, il existe plus d’une vingtaine de logiciels dédiés à la réduction du bruit. Tous n’ont pas la même efficacité, tous ne dégradent pas la netteté de l’image de la même façon. J’ai acheté il y a fort longtemps une licence de NeatImage et j’utilise aussi Imagenomic Noiseware. Avec Noise Ninja, je pense que nous avons là le trio de tête des logiciels de réduction du bruit.

Cet article a abordé les principaux aspects et points à savoir pour faire de la photo de nuit.

Résumé en images :

1/ Choisir son emplacement et fixer le boîtier sur le pied. Le positionner stable et horizontal (les boîtiers récents Canon intègrent un niveau).
2/ Bien régler ses paramètres : ISO 100, RAW, surexposer d’un diaphragme, relever le miroir, télécommande (ou à défaut retardateur)
3/ Faire sa prise de vue.
4/ Décharger sa carte
5/ Vérifier la présence du bruit et supprimer le bruit éventuel. Procéder dans l’ordre bruit de chrominance (tâches de couleur) puis bruit de luminance (impression d’image granuleuse).
6/ Corriger sa balance des blancs et réaliser ses améliorations personnelles.

La photo finale a été réalisée avec le logiciel fourni avec l’appareil photo (Canon Digital Photo Professional - DPP). Redimensionnement, incrustation logo et cadre sous Photoshop.



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